Canicule: À Vienne, faire mieux

On crève de chaud

Nous avons subi un été 2026 de canicules sans fin.

Lors d’un premier pic de chaleur, au mois de mai, nous avions alerté la mairie en posant une question lors du conseil municipal du 8 juin 2026. Malheureusement, les mesures que nous avions proposées n’ont pas été mises en place.

Le 1er épisode a dépassé en intensité la canicule de 2003, de sinistre mémoire, et a égalé sa durée. Il a été suivi de 4 épisodes pendant les vacances scolaires. Ces températures extrêmes ont eu, dans notre ville comme partout dans le pays, des conséquences sur la santé des habitant•es notamment des plus fragiles.

Nous avons traversé un été meurtrier, 10 000 mort•es annoncé•es pour les mois de juin et juillet, et subi une sécheresse extrême vidant les sols de leur eau dans des proportions jamais observées jusqu’alors. Puis l’étincelle, qu’elle soit d’origine naturelle ou humaine, a engendré des méga feux dans de nombreuses régions.

Les investissements nécessaires à notre protection n’ont pas été faits. Si la lutte pour limiter le dérèglement climatique passe par la sortie du capitalisme, il faut en parallèle que des mesures locales de protections et d’adaptations soient prises.

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Quel bilan pour Vienne?

Le 17 juin, la mairie de Vienne a annoncé son plan canicule: Contact régulier des personnes fragiles inscrites au registre par le CCAS, mise à disposition de lieux de fraîcheur (carrousel Camille Jouffray et l’Arche) pour les personnes fragiles et ouverture de la Halle des bouchers de 13h à 18h du jeudi au dimanche pour toutes et tous (mais pas d’annonce de sa gratuité), espaces climatisés dans les centres sociaux de l’Isle et d’Estressin, rappel de la location des 18 points d’eau gratuit (dont nous regrettons l’inégale répartition selon les quartiers), ouverture tardive du jardin de ville.

Le 22 juin, des mesures supplémentaires étaient prises: fermeture des gymnases et accès restreint le matin au stade Etcheberry, déplacement des séances du ciné été au cinéma les Amphis lorsque le territoire était en alerte rouge.

Ces mesures sont toutes bonnes à prendre, cependant, elles restent très insuffisantes face au risque sanitaire engendré par les températures extrêmes, à l’avenir, la municipalité a le devoir de faire mieux.

Voici nos 5 mesures, nous proposons leur intégration au plan canicule dès à présent !

1. Planifier et accélérer la rénovation thermique des écoles

À chaque canicule, les élèves et les équipes pédagogiques des écoles de Vienne subissent des températures qui les mettent en danger et dégradent les conditions d’accueil, de travail et la qualité de l’enseignement.

Afin que cette situation ne se reproduise pas continuellement, nous demandons en urgence la mise en place d’un grand plan de rénovation thermique réalisé à partir des relevés de températures effectués en fin d’année scolaire 2026. Il s’effectuera en complément du plan école déjà programmé.

Nous proposons également:

  • Application de peintures réflectives ou la végétalisation des toits pour une meilleure protection thermique.
  • Installation de films solaires aux fenêtres les plus exposées et/ou de pare soleil extérieur
  • La végétalisation de l’ensemble des cours de récréation et création de zones ombragées et l’enlèvement du bitume pour désimpermabiliser les sols.
  • Des aménagements horaires
  • L’organisation de sorties scolaires dans des endroits frais : musée, médiathèque, cinéma

2. Créer un droit à la fraîcheur pour toutes et tous en ouvrant des lieux-refuges

En période de fortes chaleurs, l’ensemble des lieux publics indispensables pour se rafraîchir, à l’instar des lieux culturels (musées, médiathèques, cinémas) climatisés doivent être accessibles gratuitement à l’ensemble des Viennois·es.

L’accès aux loisirs et à la fraîcheur pendant les épisodes caniculaires doit être garanti avec une plus grande amplitude des horaires d’ouverture de ces lieux.

Il faut localiser et rendre accessibles et sûrs, sur tout le territoire, les espaces naturels frais (bord de Gère et de Sévène, forêt,…)

Les piscines doivent être gratuites pour l’ensemble des habitant·es de l’agglomération lors des périodes de vague de chaleur avec une ouverture avancée au 15 mai des bassins extérieurs et une plus grande amplitude horaire. Il faut pour cela recruter plus de personnel de surveillance et maîtres-nageur·ses sauveteur·ses

3. Mettre fin aux logements bouilloires

Les canicules révèlent l’ampleur de la crise du logement, selon l’indicateur « confort d’été » du diagnostic de performance énergétique, 9 logements sur 10 ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs, et près d’1 logement sur 2 serait une « bouilloire thermique ». La première urgence est de savoir précisément où sont les logements les plus dangereux.

Advivo, principal bailleur de logements à Vienne, doit établir un plan d’urgence “fortes chaleurs” pour son parc locatif.
Ce plan doit permettre de recenser les logements exposés à un risque manifeste de surchauffe : derniers étages, combles aménagés, logements mono-orientés, logements sans volets ni protections solaires, logements mal ventilés, logements avec de grandes baies vitrées exposées, logements situés dans des quartiers fortement minéralisés ou dans des îlots de chaleur urbains. Ce repérage doit aussi intégrer la présence d’occupant•es particulièrement vulnérables.

La rénovation énergétique massive est une urgence écologique et sanitaire. Advivo devrait être exemplaire dans la qualité de ses logements : nous demandons une planification claire !

De plus, il est nécessaire que la mairie et l’agglomération augmentent les aides dédiées aux financements de travaux d’isolation, car actuellement, aucune ne soutient les travaux de confort d’été.

4. Héberger les sans-abris

Selon le rapport annuel 2026 de la Fondation pour le Logement des Défavorisés, au moins 350 000 personnes sont désormais sans domicile. Ce chiffre est en constante augmentation : ils étaient 330 000 en 2023, 300 000 en 2020 et 143 000 en 2012.

Dans la rue, il y a autant de morts l’été que l’hiver!

Selon l’INSEE, Vienne compte près de 9% de logements vacants. Il est intolérable que des personnes risquent leur vie en étant à la rue alors que des appartements sont inoccupés.

Il faut :

  • réquisitionner exceptionnellement les logements de location touristique (en indemnisant les propriétaires)
  • créer plus de places pour l’hébergement d’urgence
  • organiser des distributions de casquettes, bouteilles d’eau, crème solaire ou encore de brumisateurs

Pour bâtir une politique durable, il est nécessaire d’établir un “plan logement d’abord”. Il devra proposer une approche globale pour réduire le sans-abrisme en favorisant l’accès direct et durable au logement pour les personnes sans domicile.

5. Végétaliser la ville, défendre le vivant

Le GIEC préconise de désimperméabiliser massivement les sols et de planter des arbres pour adapter les villes au climat. C’est une question vitale, plusieurs études scientifiques rapport direct entre un taux de végétalisation urbaine important et une baisse de la mortalité lors des épisodes de canicules. En augmentant la couverture d’arbres et d’espaces verts en ville l’air est rafraîchi ce qui réduit de manière significative le nombre de décès évitables lors des vagues de chaleur.

Nos solutions pour transformer la ville :

  • Désimperméabiliser massivement, stopper la bétonisation et ouvrir les sols (places, cours d’école, parkings) pour laisser l’eau de pluie s’infiltrer.
  • Protéger les arbres matures et créer une strate végétale complète
  • Prioriser le soin et la conservation des grands arbres existants, véritables climatiseurs naturels de nos quartiers et associer systématiquement arbres, arbustes et végétation basse pour créer de vrais oasis de fraîcheur.

La bifurcation écologique nécessite l’implication de toutes et tous, voici nos propositions d’encouragements:

  • Don d’arbres et d’arbustes d’essences locales et adaptées au climat.
  • Aide à l’achat de récupérateurs d’eau de pluie.
  • Distribution ou aide à la réalisation de nichoirs à petits oiseaux, à insectes et à chauves-souris (précieuses alliées contre les moustiques !)

Jazz advienne que pourra

L’autosatisfaction du maire lors de son bilan de fin de festival 2026 cache mal les questions qui se posent autour de l’avenir de Jazz à Vienne.
Il se félicite du maintien de l’intégralité du festival et de ses 210 000 festivaliers, transformant un risque sanitaire en succès politique, au mépris du confort réel du public dans un Théâtre Antique ressemblant de plus en plus à un four solaire.

Même le spectacle pour les scolaires a été maintenu mais était-ce raisonnable?
La canicule expose les enfants à des risques de déshydratation et de coup de chaleur.
Les jeunes de l’IME ( Instituts Médico-Éducatifs) La Bâtie, eux, ont été contraints de renoncer à la représentation. Ce sont les premiers spectateurices privé•es de festival pour des raisons de préservation de santé, triste symbole pour un festival reconnu pour son accessibilité aux personnes en situation de handicap.

Nous devons réfléchir à une réelle adaptation du Jazz à Vienne au dérèglement climatique. La baisse de fréquentation de cette année doit être analysée comme un signal d’alarme du public. Il a été très inconfortable de profiter du festival en 2026.

L’avenir de Jazz à Vienne passe par des choix courageux (changement de dates, horaires adaptés, travaux d’ombrage) pour préserver ce rendez-vous dans des conditions sûres et agréables.

L’échec de la politique municipale à Vienne

À Vienne, les mesures pour protéger la population ont été insuffisantes.

Le « Plan École » de la municipalité en est la caricature dangereuse. Prenez l’école Jean Rostand, rénovée récemment mais pensée uniquement pour le froid, son toit en tôle la transforme en bouilloire l’été. Les enfants et les équipes pédagogiques y souffrent de la chaleur. Pourtant, le maire Thierry Kovacs a balayé nos propositions sans en suggérer d’autres en retour.

Tout miser sur le tourisme , notamment autour du Jazz à Vienne et des croisières fluviales, comme le fait la mairie actuelle, est une stratégie contre-productive. Le tourisme représente 11 % des émissions de gaz à effet de serre en France. Cette politique pousse à la multiplication des locations de courte durée type Airbnb, qui chassent les Viennois·es du centre-ville.

La rénovation ratée de la place de l’hôtel de ville montre bien que l’équipe municipale n’a pas pris la mesure des enjeux et reste dans une adaptation aux aléas climatiques de façade. La place François Mitterrand avait auparavant de beaux tilleuls, qu’ attend-on pour les remplacer sachant que de jeunes arbres, s’ils ne meurent pas avant ne rafraîchiront pas la ville avant une vingtaine d’années.

Il faut également remplacer les arbres manquants ( avenue général Leclerc) et cesser de couper les beaux spécimens pour les remplacer par des arbres dignes d’un parking de supermarché.
Les voies cyclables ne doivent pas être faites au détriment de la végétation mais en réduisant les voies de circulation automobile, ce qui réglera également la vitesse souvent excessive.

Il est dommage que lors de la réfection du cours Brillier, une végétalisation basse et moyenne n’ait pas été installée au pied des arbres côté terrasses. De plus, la taille au carré des platanes qui réduit leur espérance de vie et dont l’esthétisme est plus que discutable, n’a toujours pas été abandonnée.

L’action de l’équipe municipale n’est pas assez ambitieuse, les autres rues et places de Vienne doivent également être végétalisées d’urgence. Chaque quartier devrait avoir un espace vert digne de ce nom.

Il y a urgence !

Deux enseignements

Canicule et darwinisme social

La canicule trie les corps : elle frappe d’abord les plus vulnérables (malades, aînés, enfants, précaires).
Comme le souligne Clément Sénéchal, expert des enjeux climatiques, nous faisons face à un nouveau darwinisme social : aujourd’hui, survivre à la chaleur dépend directement de ses revenus et de son logement. C’est une question de classe sociale.

Un système en burn-out

Notre monde s’épuise. Le système capitaliste ne se contente pas de dérégler le climat, il détruit la biodiversité, raréfie les ressources et pollue notre air, notre eau et nos sols menaçant notre santé et notre alimentation.

Face à un avenir imprévisible, la compétition, la rigidité et la recherche de performance sont les pires réponses.

Nous avons besoin d’adaptabilité, de souplesse, de réactivité, de coopération et d’entraide entre nous et entre territoires.

Urgence de l’action

Face à la canicule, nous ne sommes plus seulement dans le temps long, nous sommes dans le présent, il nous faut agir maintenant.

Nous devons refuser:

  • Les modèles uniques prétendument «performants» s’appliquant partout sans adaptation aux réalités du territoire.
  • L’écologie du chiffre ou l’écologie comptable qui mesure le nombre d’abord le nombre d’arbres plantés plutôt que la quantité de la plantation.
  • L’écologie qui n’a de positive que le nom puisqu’en refusant de prendre des mesures contraignantes entraîne des conséquences terribles.

Nous ne pouvons que constater que ces politiques sont en fait dépassées et profondément vulnérables. Il faut nous appuyer sur le travail des scientifiques.

Nous avons besoin d’une politique robuste, une politique qui protège, prend soin et réponde aux besoins immédiats et à long terme des habitant·es.

Elle doit assurer à toutes et tous un droit à la fraîcheur, un accès à une eau de qualité, un air respirable, un environnement non pollué et une alimentation saine. Cette politique doit se construire avec les citoyen•nes.

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